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Leica M5

(1971-1975) - parenthèse stylistique et première cellule embarquée

mercredi 9 février 2005, par Jean D.

Ci-dessus un des premiers Leica M5 (deux oeillets de courroie),
boîtier chromé présenté de face et de dos, sans objectif.

Une innovation tardive...

La mesure de l’exposition à travers l’objectif (dite TTL, abréviation de through the lens) fut imaginée en 1939 (brevet déposé par Ihagee, le fabricant de l’Exakta) puis présentée à la Photokina de 1960 (prototype de l’Asahi Pentax Spotmatic), incorporée à des 24x36 reflex en 1963 (Topcon super D) et 1964 (Asahi Pentax Spotmatic, Alpa 9d), mais Leitz attendit 1971 pour en doter le Leica M : l’irruption du Leica M5, en 1971, bouleversa les nouveaux canons esthétiques et techniques qui prévalaient à Wetzlar depuis la révolution instaurée en 1954 par l’avènement du Leica M3...

L’esthétique

Comparé à ses trois prédécesseurs de la lignée M (les M3, M2 et M4), le Leica M5 offre une ligne très différente et moins séduisante, avec son capot plus banal et ses extrémités moins harmonieusement arrondies ; en outre, il révèle un encombrement et un poids supérieurs (hauteur 84 mm, longueur 155 mm et épaisseur 36 mm)... Ainsi, le Leica M5 paraît nettement plus massif et moins élégant, en dépit d’une indéniable recherche stylistique se traduisant notamment par la dissimulation de la manivelle de rembobinage (cachée dans la semelle) et le déplacement du barillet de commande des vitesses (devenu coaxial au levier d’armement et au déclencheur, réglable d’un doigt en conservant l’œil au viseur, car il dépasse légèrement de l’arête du capot).

La technique maintenant...

La modification essentielle par rapport aux trois prédécesseurs dans la lignée M est l’apparition d’un posemètre à mesure TTL, dont le capteur photosensible est mobile, de type photo-résistant (au sulfure de cadmium), d’un diamètre de 8 mm, couvrant 10 % de la surface de l’image. Ce capteur est situé à l’extrémité d’un bras pivotant : lors de l’armement, il vient se placer au centre du champ, contre le premier rideau, le photographe peut alors régler l’exposition en mode semi-automatique, et lors du déclenchement le bras se rabat vivement, escamotant le capteur juste avant l’ouverture de ce rideau. Ce mécanisme n’entraîne aucun bruit supplémentaire : le déclenchement du Leica M5 demeure même extrêmement silencieux, notamment grâce à l’amortissement de l’obturateur encore amélioré. Le réglage de l’exposition se fait par la superposition de l’aiguille du galvanomètre et d’un index indiquant la vitesse choisie, visibles en bas du viseur (une barrette translucide éclaire ces repères, située sur l’arête du capot, au dessus du viseur). La déviation de cette aiguille est variable en fonction de l’intensité lumineuse reçue par le capteur, modérée par le diaphragme de l’objectif ; la position sur l’index est liée à la vitesse choisie et au réglage de la sensibilité du film (qui se fait sur le capot, gradué en indices DIN et ASA, de 6 à 3200 ASA).
Le posemètre peut évaluer des temps de pose compris entre le 1/1000e de seconde et 30 secondes ; l’évaluation entre 1 et 30 secondes doit être lue en observant le disque du barillet des vitesses, le long d’un arc correspondant à une amplitude de la pause B comprise entre les deux symboles B1 et B30 (les repères, non crantés, indiquent les temps de 1, 2, 4, 8, 15 et 30 secondes et l’obturateur doit, bien sûr, être commandé manuellement).
Le viseur est du type Leica M4 : quatre cadres indiquent le champ couvert par les objectifs de 35, 50, 90 et 135 mm de distance focale ; à la base du viseur, l’alignement de l’affichage de la vitesse d’obturation, de l’index et de l’aiguille du galvanomètre remplace le segment inférieur du cadre de 35 mm. Le champ de mesure spot est indiqué au centre du cadre de 50 mm par quatre arcs de cercle (correspondant à un angle de 21°), et pour le cadre de 35 mm par celui de 135 mm (qui apparaît simultanément).
Le circuit électrique est mis sous tension par l’armement de l’obturateur, et interrompu par son déclenchement ; l’état de la pile-bouton peut être vérifié au moyen du levier sélecteur des cadres, qui dispose ainsi d’une fonction supplémentaire lorsqu’on le pousse à l’opposé de l’objectif ; le logement de cette pile est situé au milieu du côté gauche (dans le sens de visée), entre les deux œillets plats de courroie ; l’obturateur peut, bien sûr, continuer à fonctionner si la pile devient hors d’usage.

Ci-contre, le profil gauche d’un Leica M5, montrant le logement de la pile-bouton entre les deux œillets de courroie.

Quelques innovations mineures...

On reconnaît de nombreux emprunts à des modèles antérieurs, comme par exemple le compteur de vues du Leica M3 ou le levier d’armement articulé du Leica M4, mais certaines particularités caractérisent le nouveau modèle :

  1. L’obturateur du Leica M5 ne dispose plus de la vitesse 1 seconde.
  2. Le chargement du film est rapide, de type Leica M4, mais néanmoins avec bobine amovible.
  3. La griffe porte-accessoires est munie d’un contact central pour flash électronique (la synchronisation demeure au 1/50e de seconde) ; deux prises pour flashes magnésique et électronique sont cependant maintenues sur la face arrière du capot, du standard adopté avec le Leica M4. Le numéro du boîtier est gravé latéralement sur cette griffe.
  4. Le plan du film est symbolisé par un repère gravé sur le capot.
  5. Les gravures sont différentes de celles des trois Leica M précédents : la mention ERNST LEITZ GMBH a disparu, de même que le beau logo Leica manuscrit qui est remplacé par l’autre logo manuscrit Leitz, souligné par la mention de l’origine WETZLAR GERMANY, qui subsiste. L’inscription en lettres majuscules LEICA M5 s’affiche, de façon un peu voyante, sur la face avant du capot.
  6. Abandon du sceau de cire dissimulant la tête de la vis qui assemble la baïonnette au capot.
  7. Sur les premiers modèles, deux œillets plats de courroie sont situés sur le côté gauche, de sorte que le Leica M5 pend verticalement lorsque le photographe le porte à l’épaule, mais un troisième œillet plat a été ajouté sur les modèles ultérieurs sur le côté droit du capot, permettant d’adopter à volonté une position plus conventionnelle.

Ci-dessus un Leica M5 plus récent (trois œillets de courroie), boîtier anodisé noir présenté sans objectif.

Les objectifs et la Visoflex

  1. Tous les objectifs en monture M sont utilisables sur le Leica M5, mais :
    • trois objectifs doivent être modifiés (par un fraisage dans la baïonnette) afin d’empêcher le bras du capteur du posemètre de pivoter et de venir heurter leur partie arrière, qui pénètre trop profondément dans le boîtier :
      • Super-Angulon f:4/21 mm
      • Super-Angulon f:3,4/21 mm (n° inférieur à 2473251)
      • Elmarit f:2,8/28 mm (n° inférieur à 2314921)
        Evidemment, le posemètre devient inutilisable avec ces objectifs !
    • deux objectifs doivent être modifiés, car le correcteur de viseur et la monture sont incompatibles avec la légère saillie du capot qui porte les trois fenêtres du bloc viseur-télémètre :
      • Summaron f:3,5/35 mm à correcteur de viseur pour Leica M3
      • Summicron f:2/50 mm à mise au point rapprochée
  2. Amusant et inattendu... La profondeur de pénétration des sept objectifs à monture rentrante (à pas de vis ou à baïonnette) doit être limitée en cas d’utilisation sur un Leica M5, afin de ne pas risquer de venir heurter le capteur : dans son catalogue général de 1973, Leitz ne propose rien de mieux que l’utilisation d’une bande adhésive Dymo de largeur appropriée, à enrouler autour de la coulisse, et conseille de réaliser préalablement un patron en papier pour découper convenablement cette bande !
  3. Il est possible de monter les chambres reflex Visoflex I (au moyen de la bague n° 14099) et Visoflex III sur le Leica M5 (mais pas la Visoflex II) ; pour utiliser le posemètre, il faut bien sûr relever le miroir.

Édition spéciale !

Le cinquantième anniversaire de la production du Leica a été célébré en 1975 par la fabrication de séries spéciales des modèles M4, M5, CL et Leicaflex SL2 : chaque boîtier comporte un numéro particulier à trois chiffres suivi de l’une des lettres du nom LEICA, et cette gravure assez discrète, en façade : 50 Jahre (signifiant 50 ans), ornée de part et d’autre de deux feuilles de chêne... 1750 Leica M5 commémoratifs 50 Jahre ont été fabriqués.

Ci-dessus un Leica M5 50 Jahre, boîtier anodisé noir présenté de face et de dos, sans objectif. Remarquer, sous la prise de flash gauche, le numéro particulier identifiant un boîtier appartenant à cette édition spéciale.

Production

Le Leica M5 a été produit pendant cinq ans (1971-1975), entre les numéros 1287001 et 1384000 : 10750 boîtiers chromés et 23150 boîtiers anodisés noir.

Conclusion

Le Leica M5 est un excellent appareil qui constitue une branche très particulière de l’arbre généalogique du Leica, s’écartant du reste de la ramure. Sa conception témoigne d’une intense réflexion technologique, mais son avènement se produisit en une conjoncture peu favorable... La concurrence nippone devenait âpre et les appareils reflex gagnaient inexorablement du terrain. Les composants électroniques n’étaient pas encore suffisamment miniaturisés, de sorte que Leitz dut s’écarter de l’esthétique superbe introduite par le Leica M3, afin de disposer de suffisamment de place pour incorporer un posemètre TTL... Une bonne partie des adeptes du M furent déroutés par l’aspect du nouveau modèle et boudèrent le Leica M5 (on évoqua même injustement l’erreur de Wetzlar), dont la commercialisation ne répondit pas à l’attente de Leitz, qui connut rapidement une période difficile... Les mérites du Leica M5 furent redécouverts vers 1993 par les collectionneurs japonais. Il est intéressant de constater la résurgence du posemètre TTL, réapparaissant à Wetzlar en 1984 avec le Leica M6, paré de l’apparence tutélaire du Leica M3 (à quelques nuances près) : la miniaturisation des composants électroniques et la sensibilité des éléments photo-récepteurs ayant progressé, Leitz a réussi cette prouesse impossible à réaliser treize ans auparavant. Agitant son étonnant petit bras pivotant photosensible, le Leica M5 salue son jeune frère avec quelque amertume : le capteur du cadet a été déplacé et demeure désormais immobile, contemplant la pleine lune peinte sur le premier rideau, l’électronique s’est faite fluette et la branche du Leica M3 se fond beaucoup mieux que celle de son aîné dans l’harmonieuse ramure dessinant l’évolution du Leica...

Ci-dessus un Leica M5 à trois œillets de courroie, boîtier chromé
équipé de l’objectif Summilux f:1,4/50 mm (première version).


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