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Leica M4

(1967-1975) - seconde génération du Leica M

samedi 9 octobre 2004, par Jean D., Philippe Paillou

Le Leica M4, successeur des M3 et M2…

« Photographe ? Non, architecte… » Regard conquérant, menton appuyé sur le nouveau modèle fièrement tenu en main… La publicité pour le Leica M4 étonna par son agressivité inattendue ! Ce modèle apparut en 1967 et fut fabriqué jusqu’en 1975 ; certains le considèrent comme le "M" le mieux construit et le plus abouti, tandis que d’autres regrettent une certaine altération de la ligne des deux aînés, les Leica M3 et M2… Sa cote sur le marché de l’occasion reste néanmoins élevée, preuve qu’il s’agit d’un boîtier fort apprécié !
Construit sur les mêmes bases que ses prédécesseurs (notamment utilisation du laiton embouti, pour le capot et la semelle), le Leica M4 apporte cependant quelques innovations, dont trois principales :

  1. Un levier d’armement coudé, à extrémité articulée.
  2. Une manivelle de rembobinage inclinée à bras rabattable, jugée plus pratique que le bouton d’antan.
  3. Un système de chargement du film très simple, dénommé "dispositif de chargement rapide" (plus de bobine réceptrice amovible).

Le retardateur est maintenu (il disparaîtra avec le Leica M4-2, en 1977). La forme des trois leviers de façade est modifiée (aspect plus contemporain), ceux du retardateur et du sélecteur de cadres reçoivent un petit cabochon rectangulaire en plastique noir. Les deux prises de flash adoptent la nouvelle norme (diamètre réduit à 3 mm, plus d’encliquetage). Le compteur de vues est du type de celui du M3 (petite fenêtre ronde) ; sa remise à zéro (en fait à "moins deux" images) est automatique lors de l’ouverture de la semelle.
Le viseur du Leica M4 conserve le grandissement de celui du M2 (rapport 0,72), mais le cadre de 135 mm est ajouté (apparaissant simultanément avec celui de 35 mm) ; ce boîtier possède donc quatre cadres, procurant le champ des objectifs de distance focale 35, 50, 90 et 135 mm.
Une autre différence entre le Leica M4 et ses prédécesseurs M3 et M2 est l’utilisation d’une résine optique synthétique, polymérisée aux rayons ultra-violets, pour l’assemblage des deux prismes du viseur. Cette résine remplace le baume du Canada utilisé antérieurement ; avec le temps, le baume est en effet susceptible de se rétracter, ce qui peut entraîner la séparation des prismes (incident cependant très rare).
La plupart des Leica M4 sont sortis en finition chromée satinée ; des boîtiers ont cependant été produits en finition laquée noir (4885 exemplaires), la finition chromée (anodisée) noir prenant le relais à la fin de 1973. Une petite partie (2355 exemplaires) de la production du Leica M4 a été dévolue à la filiale canadienne de Leitz (Midland, Ontario). La production totale du Leica M4 a atteint 59441 boîtiers (numéros de série entre 1175001 et 1443170).

Ci-dessus, deux des trois innovations principales apportées par le Leica M4 :
le levier d’armement coudé à extrémité articulée et la manivelle de rembobinage.

Un net changement de style

La pression de la concurrence incita Wetzlar à modifier l’aspect du Leica… À l’altération de la ligne des deux aînés évoquée ci dessus, due au nouveau levier d’armement et à la manivelle de rembobinage, s’ajoute une modification importante de la face avant du capot… Depuis le Leica IIIc, ainsi que chez le M3 et le M2, le capot se prolonge en descendant verticalement pour venir enserrer en demi-lune l’ouverture où se place l’objectif, jusqu’à son diamètre horizontal. Cet élément ornemental a été abandonné chez le M4 et chez tous les boîtiers ultérieurs (une économie sur la fabrication du capot, simplifiée, a ainsi été probablement réalisée).

Une critique de la manivelle

Cette manivelle (dont le mécanisme ne comprend pas de pignons d’angle, mais un cardan rudimentaire) ne dispose pas de frein : en cours de rembobinage, lorsque l’effet "ressort" du film s’amplifie, il peut arriver que son bras échappe des doigts et que le film se détende d’un coup ! Ce frein ne sera installé qu’un quart de siècle plus tard, sur les Leica M7 et MP

Le point de vue du réparateur

Selon Gérard Métrot, les progrès accomplis par la métrologie et l’outillage font que les cotes des pièces composant le Leica M4 sont plus précises et plus constantes que celles des M3 et M2, de sorte qu’une intervention sur un M4 est plus simple et plus rapide, ne nécessitant pas de retouches ou d’adaptation lors de l’échange d’un élément.

Ci-dessus, un Leica M4 équipé du Super-Angulon f:3,4/21 mm coiffé de son pare-soleil
(référence n° 12501), et du viseur à miroir correspondant (référence SBKOO/12002).
Merci à Jean-Philippe (jipeji) pour le prêt de cet appareil !

Édition spéciale !

Une série commémorant le cinquantenaire du Leica fut produite en 1975 à 1750 exemplaires anodisés noir, portant discrètement en façade la mention "50 Jahre" encadrée de deux feuilles de chêne (cette série s’étendit aux Leica M5 et CL, et au Leicaflex SL2).

Les versions particulières…

  1. Le Leica M4 est le premier boîtier "M" comportant une version permettant l’accouplement à un dispositif de motorisation, fabriquée en série importante (de 1968 à 1971) : M4-M puis M4 MOT (904 exemplaires en tout).
  2. Une version militaire fut laquée de couleur vert olive, en 1970 (31 exemplaires).
  3. Une autre version militaire, anodisée noir, le M4 KE-7A, fut produite en 1972 par la filiale canadienne (505 exemplaires) ; l’étanchéité à la poussière de ces boîtiers est améliorée. Cet appareil est normalement associé à un objectif particulier portant la gravure ELCAN (= Ernst Leitz Canada), qui paraît être une version plus économique du Summicron f:2/50 mm.

Le Leica MDa, variante du Leica M4…

Le Leica MDa est au Leica M4 ce que le Leica MD est au Leica M2 : il s’agit d’une version du Leica M4 dépourvue de viseur, essentiellement destinée à un usage scientifique (sur microscope par exemple). Pas de retardateur, ni (évidemment) de levier sélecteur de cadres. Une semelle spéciale optionnelle permet de glisser (par une chicane à lumière) une bande de rhodoïd, large de 4 mm, devant une extrémité de l’image, afin d’écrire un renseignement par contact sur le film. Le Leica MDa fut fabriqué à 14308 exemplaires (compte non-tenu des versions ci-dessous). Les administrations postales de plusieurs pays utilisèrent deux versions du Leica MDa (formats 24 x 36 mm et 24 x 27 mm, 417 exemplaires), pour le même usage que celles du Leica MD : photographier des compteurs téléphoniques !
Une version du Leica MDa (dite "Blitzspezial"), fabriquée en 1972, est prévue pour la motorisation (200 exemplaires).

1975 : chant du cygne du Leica "M" ?

Simultanément, la production des Leica M4 et M5 cessa et pendant trois ans aucun "M" ne fut fabriqué à Wetzlar, où une période assez difficile s’annonça. On redouta la fin du "télémétrique", mais en 1978 la filiale canadienne donna naissance au petit frère du M4, le Leica M4-2.

Conclusion : le M4, une étape vers le futur !

Le Leica M4 est un hybride entre ses deux grands frères, mâtiné d’innovations qui demeurent controversées, hormis le dispositif de chargement rapide unanimement apprécié et définitivement adopté par tous les modèles ultérieurs. C’est un jalon important dont l’aspect révèle d’importantes modifications, qui cependant ne sont pas vraiment fondamentales : le M4 peut-être considéré comme une phase de mise à jour du "M", tenant compte de la pression exercée par la concurrence sur le style et sur l’ergonomie. C’est un remarquable appareil, situé en bonne place dans la ramure de l’arbre généalogique du Leica : à la fourche de deux branches maîtresses qui livreront des bourgeons aussi prometteurs que différents (l’une conduira au M5 et au CL, l’autre s’élancera vers le M6 et ses successeurs). Le Leica M4 est extrêmement robuste, conformément à la tradition en vigueur à Wetzlar, de sorte que de nombreux boîtiers sont encore en service aujourd’hui.


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