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Une journée au Digital-Modul-R

lundi 7 juillet 2008, par Liv

Grâce à l’extrême amabilité d’un gentil summiluxien, j’ai eu la chance d’honorer une commande client avec un R9, muni d’un DMR et d’un 19 Elmarit. Cet ensemble a été complété par un 100 Apo Elmarit, toujours grâce à la gentillesse d’un autre membre de notre belle communauté.

Pour situer le contexte, il s’agissait d’une séance de "relooking" d’une lectrice de magazine, du genre "avant/après", réalisée au mois d’avril : il m’était donc difficile de publier les résultats avant la sortie officielle dudit canard.

Première impression : à l’instar de son pendant argentique, le matos est beau. Noir, compact, imposant, cet équipement dégage instantanément une sensation de solidité et d’efficacité : rien de superflu, tout y est, sans gadget ni fioriture.

Contact : l’appareil est dense, la centaine de grammes en moins du R9 par rapport au R8 est largement compensée par le surpoids du DMR. Tant mieux, j’aime ça, cette inertie est pour moi synonyme de stabilité. En ce qui concerne l’ergonomie, rien n’a changé par rapport à un R8/9 "à film", c’est gros mais ça se fait oublier tant les commandes et les déclencheurs sont judicieusement disposés. Certains n’aiment pas, personnellement j’adore.

Mise sous tension : l’électronique est lente, je revis l’attente que j’ai connue il y a dix ans lors de l’acquisition de mon premier reflex numérique, le Kodak DCS 520... Aujourd’hui habitué au démarrage des EOS 1D et 1Ds Mark II, je piaffe d’impatience. En revanche, une fois le micrologiciel chargé, le DMR est agréable, d’une simplicité enfantine de par ses menus allégés : il est clair que le fait de disposer d’une molette physique pour tous les préréglages de l’appareil déleste copieusement les articles des menus. C’est agréable !

Visée : lorsque je porte l’appareil à l’œil, j’ai une bonne surprise ! Le verre dépoli dédié au DMR dont le capteur n’est pas en plein format (facteur 1,37), n’occulte pas la partie inutilisée comme sur un EOS 1D Mark II, mais laisse au contraire le champ visible autour du cadre de prise de vue. Leica aurait-il mis du "M" dans un reflex ? Ça, c’est très efficace, c’est une façon de composer que j’adore car cela permet de voir "hors champ" et d’appréhender différemment son cadrage, tout en surveillant les parasitages éventuels.

À l’usage, l’équipement est un véritable plaisir. Au delà de cette visée magique, le maniement de l’appareil est très simple, intuitif. Malgré la complexité inhérente à la technologie numérique, je retrouve les sensations procurées par l’usage d’un M : mise au point manuelle, bague des diaphs sur l’objectif et molette des vitesses en haut à droite. Je regarde très peu l’écran de contrôle quand je travaille, je l’utilise juste au début de chaque série pour vérifier mon histogramme et surveiller l’exposition. En l’occurrence force est d’admettre que la mesure sélective des Leica R est d’une précision redoutable et que j’ai rarement eu recours à quelque correction.

Très efficace aussi : la balance des blancs automatique. Confronté à des sources lumineuses aussi merdiques que variées, j’ai abandonné l’idée d’utiliser les présélections ou la balance manuelle. J’ai décidé de mettre à l’épreuve l’automatisme développé par Imacon pour défier les mélanges de températures de couleur des grands magasins... Et bien ça marche ! Oh, on ne parle pas là de fidélité, mais on va dire que l’outil propose des solutions agréables à des problèmes quasi inextricables.

Que des éloges, me direz-vous ! Eh bien non !!!
Premier hic de taille : la première batterie est vide au bout d’une demi-journée. C’est peu pour un appareil non autofocus, surtout lorsqu’on allume peu l’écran. Sans doute cela est-il dû à la technologie CCD du capteur, plus gourmande que le CMOS ?

Deuxième hic, mais celui-ci prévisible : 19 mm x 1,37, cela fait malheureusement 26 mm et des poussières... Pour couvrir ce sujet "reportage", cela a parfois été un peu juste, alors imaginez la couverture d’une commande en architecture, ou en industrie, d’autant plus que le plus grand angle à décentrement de la marque est le 28 PC Super Angulon, qui devient pour la peine un 38 mm !!! Ce facteur limiterait (en ce qui me concerne) cet équipement à de la prise de vue de mode ou de portrait.

Mais au final, la qualité : et quelle qualité !!!
Je traite mes fichiers sous Capture One et Photoshop. J’ai pour habitude de ne jamais appliquer d’accentuation lors de l’export, utilisant le dérawtiseur pour peaufiner la balance des blancs et l’exposition. J’effectue toutes les retouches chromatiques dans CS2 et j’utilise des scripts d’accentuation en trois passes "maison". Et là, bien qu’habitué à monter des optiques R sur un EOS de 16 Mégapixels, je suis impressionné par le résultat : les images sont pures, très naturelles, toutes en nuances et en demi tons comparables à de l’analogique. La peau n’a pas l’aspect "cireux" que je déteste tant sur bien des boîtiers digitaux et les transitions de flous sont très naturelles. De plus, la possibilité de travailler sur une profondeur de 16 bits autorise d’importantes corrections sans dénaturer la beauté des fichiers RAW, ce qui a malheureusement disparu sur le M8.

En conclusion : j’ai adoré travailler avec cet outil et malgré l’absence de véritable grand angle, j’attends impatiemment la sortie de son successeur qui fera chuter sa côte. Deux atouts incontestables sont la réversibilité en argentique que le DMR est seul à offrir (en reflex, hein, pas en MF) et la qualité des optiques Leitz (sans être obligé de jongler en permanence avec la bague de diaphragme, comme sur Canon/Leica). Enfin, la taille des fichiers de 10 Mégapixels est un compromis idéal entre la qualité pour 95% de l’usage que j’en ai (annonces presse, PLV, catalogues...), la rapidité de traitement et le volume de stockage.

Quelques images :


Liv est un photographe professionnel, retrouvez-le sur son site, http://www.olivier-minh.fr/